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La France veut établir des liens culturels et humanitaires mais pas diplomatiques avec la Corée du Nord

le 18/12/2009 à 14h54  par Harold Thibault (Aujourd'hui la Corée)

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Après avoir reçu les conseils de Jack Lang de retour de Pyongyang, l'Elysée décide de ne pas établir de relations diplomatiques pour le moment mais de renforcer la coopération culturelle, linguistique et humanitaire avec la Corée du Nord. Elle conditionne à demi-mots de futures relations à des gestes de Pyongyang sur les droits de l'Homme et le nucléaire.

Pas d'ambassade. Mais une Alliance française, un centre culturel et un attaché humanitaire et plus d'aide. Pas de relations diplomatiques pour le moment, mais les éléments accompagnant traditionnellement ces relations et les outils de l'influence française à l'étranger. C'est la solution qu'a retenu le président français Nicolas Sarkozy après avoir entendu les conseils de son émissaire sur la République populaire démocratique de Corée, Jack Lang, après son voyage à Pyongyang. L'idée étant de procéder par étapes, a souligné M. Lang, chargé de réfléchir et de consulter les parties en présence après un constat : la France est le seul grand pays de l'Union Européenne à ne pas entretenir officiellement de liens diplomatiques avec la RPDC. Une réalité historique qui met aujourd'hui Paris dans une position singulière par rapport à ses partenaires européens.

La France attend désormais la réponse de Pyongyang, a expliqué Jack Lang. La Corée du Nord devrait donner son feu vert, elle qui fait des pieds et des mains pour que Paris la reconnaisse. En octobre, elle avait envoyé son équipe de foot s'entraîner à Nantes et, par la même occasion, faire un peu de lobbying. L'entraîneur Kim Myong-sik déclarait alors: "Je pense franchement qu'il n'y a pas de raisons (pour lesquelles) les deux pays ne pourraient pas avoir de relations officielles. Vous savez très bien que la France est le seul pays de l'Union Européenne qui n'a pas de relations diplomatiques avec notre pays, c'est donc en ce sens que je parle".

L'Elysée semblait décidée à réévaluer la situation et à aller de l'avant en se fondant sur sa tradition de reconnaître "des Etats, non des régimes". Un raisonnement pragmatique, permettant d'établir des relations avec des pays dont le gouvernement n'est pas recommandable sur le plan, par exemple, des droits de l'Homme ou de la prolifération nucléaire. C'est en accord avec ce pragmatisme, qui doit in fine permettre de faire avancer les choses par la négociation plutôt que l'ostracisme, que Paris a une ambassade en Birmanie, dirigée par une junte militaire. C'est également ce raisonnement qui poussa la France de De Gaulle à reconnaître la République populaire de Chine. Pourtant, M. Sarkozy ne franchit pas le pas et reste à mi-chemin pour le moment, car "le contexte politique ne s'y prête pas aujourd'hui", a expliqué M. Lang, cité par l'AFP. Mais arguer du contexte politique nord-coréen ne revient-il pas justement à fonder l'établissement de relations diplomatiques sur le régime actuel, et non sur l'Etat ?

En amont de sa visite à Pyongyang, M. Lang s'était rendu au Japon, en Corée du Sud, aux Etats-Unis, en Russie et en Chine, les cinq pays rassemblés autour de la table des discussions à six sur le nucléaire avec la Corée du Nord. Ces étapes visaient à prendre le pouls des diplomaties concernées avant de rencontrer les officiels nord-coréens. Et à les rassurer. Car certains pays, dont le Japon et la Corée du Sud, trouvent que ces discussions sont déjà bien assez compliquées pour que les Européens ne viennent pas en plus y mettre leur nez. Relevant que la France n'est pas particulièrement impliquée dans cette région, M. Lang soulignait, de passage à Pékin, que la France "n'a pas la prétention d'apporter une solution ou une autre" mais qu'elle peut toutefois "jouer un certain rôle" . Qu'a-t-elle vraiment de plus à apporter que les autres ? Certainement pas la même capacité de dissuasion militaire que les Etats-Unis, qui disposent de bases sur les territoires japonais et sud-coréens. Ni les accointances de la Chine vis-à-vis des officiels de Pyongyang, qui ont permis d'établir le cadre des discussions à six.

Expliquant que le moment n'est pas venu pour les relations diplomatiques, mercredi 16 décembre, M. Lang précise que les Nord-Coréens ont émis deux déclarations solennelles lors de sa visite: l'une sur les droits de l'Homme, l'autre sur un engagement à ne pas se livrer à des activités de prolifération avec transferts de matières fissiles et balistiques. En suspendant l'établissement de relations diplomatiques à un engagement sur la prolifération nucléaire, la France ne crée-t-elle pas un doublon avec les déjà bien compliquées discussions à six ? En cherchant à être présente sur ce dossier, l'Elysée ne risque-t-elle pas de le rendre encore plus lourd à gérer ?

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