En Corée, la prostitution ne connaît pas la crise
le 23/3/2009 à 9h02
par Mathilde Bonnassieux (Aujourd'hui la Corée)
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Eradiquer la prostitution en Corée relève de l'impossible. Cinq ans après la promulgation en fanfare d'une grande loi contre le trafic sexuel et les efforts des autorités en ce sens, l'industrie du sexe a toujours pignon sur rue dans la capitale.
Dans le quartier de Cheongnyangni, au Nord de Séoul, les enseignes les plus lumineuses ont dû mettre la clé sous la portes ces dernières années, mais les intéressés y font toujours affaires, et ce à des prix dérisoires (moins de 40 euros la passe).
Il faut dire que la surveillance des autorités est facile à déjouer. Comme l'utilisation de la carte de crédit laisse des traces, les clients privilégient désormais les paiements en liquide.
Des pratiques souterraines
Depuis la grande loi introduite par le gouvernement pour éradiquer la prostitution, l'offre a elle aussi su s'adapter. Les "salons de repos" ou "Rroom salon" (hyugae-tel) - ces lieux où les clients peuvent contacter des prostituées pour leur donnez rendez-vous dans un autre endroit - ont augmenté en nombre, tout comme les publicités sexuelles en ligne.
Mais ces phénomènes n'empêchent pas le gouvernement de faire valoir le prix de ses efforts. Selon le ministère de l'égalité entre les sexes, la Corée comptait 269 000 travailleurs et travailleurs du sexe en 2007, contre 320 000 cinq ans plus tôt.
Il n'empêche, ces statistiques restent accablantes.
Mais la tâche est loin d'être simple pour le gouvernement, d'abord parce que la majorité des établissements proposant des services sexuels ne s'affichent pas comme tels. C'est le cas des "salons". Réservées en principe pour les rendez-vous d'affaires, ces établissements proposent en réalité des services d'une toute autre nature, pour le plus grand bonheur de leurs clients.
Et ces pratiques répandues en Corée ne semblent pas avoir été touchées par la crise. “Mes clients ne demandent même pas de réductions", confiait récemment la patronne d'une de ces enseignes au JoongAng Daily.
En somme, le prix importe peu. En plus des boissons (700 à 900 euros pour une bonne bouteille de Whisky), le client s'acquittera de 320 euros pour pouvoir emmener une fille hors des lieux.
Une plate-forme internationale
Et encore, ce genre de pratiques domestiques ne représentent qu'une partie du problème. Celui-ci dépasse largement les frontières. Aujourd'hui des femmes arrivent de toute l'Asie et de la Russie pour agrémenter le marché du sexe en Corée. Un fait qui a d'ailleurs valu au pays d'être épinglé dans le rapport sur les droits de l'homme du département d'Etat américain le mois dernier.
Dans l'autre sens, des Coréennes sont envoyées aux Etats-Unis et dans d'autres pays, comme l'Australie et le Japon, pour être exploitées.
Face à ce problème endémique, le gouvernement a certes pris des mesures, comme une loi de restrictions de visas pour lutter contre le tourisme sexuel, ou un programme d'éducation pour les hommes ayant déjà trempé dans ce business.
Mais les résultats sont maigres. Rien de très surprenant compte tenu des paies dérisoires des policiers chargés de faire appliquer la loi et donc facilement corruptibles.
Des racines profondes
En outre, le problème remonte à des temps anciens. Encouragée par les troupes japonaises sous l'occupation (1910-1945), la prostitution a ensuite été largement entretenue par les gouvernements coréens successifs pour servir les soldats américains, au point de représenter 25% du PNB du pays dans les années 1960.
Résultat, aujourd'hui la tâche est gigantesque et le gouvernement essaie de faire bonne figure devant ces citoyens en menant campagne tambour battant contre les enseignes les plus visibles.
Un moindre mal. Car pour changer véritablement l'ordre des choses, c'est une véritable révolution des esprits qu'il faudrait insuffler. Aujourd'hui encore, un grand nombre de Coréens continue de penser que le commerce du sexe n'est pas une mauvaise chose et selon de récentes études du Ministère de l'égalité entre les sexes, 50% avouent s'être déjà livrés à ce genre de plaisirs.
Rien d'étonnant, donc, à ce que ce business résiste à la crise.
économiesexeprostitution
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